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A deux reprises, les Américains auraient empêché la capture d’Oussama Ben Laden en Afghanistan
http://www.lanouvellerepublique.com/actualite/lire.php?ida=45904&idc=125
La Nouvelle République, journal algerien, 21-12-2006
par Ian Hamel
Ils racontent qu’à deux reprises, en 2003 et 2004,
des soldats français en poste en Afghanistan ont eu la possibilité
d’intercepter le chef d’Al-Qaïda, et même de l’abattre. Chaque fois,
les Américains les en ont empêché. Ces révélations rejoignent celles de
deux Américains membres des Forces spéciales, dont l’ouvrage en
français, Sur les traces d’Al-Qaïda, paru fin 2004, est curieusement
passé inaperçu.
Fin 2003, dans le Sud de l’Afghanistan, près de
la frontière pakistanaise, des soldats français du Commandement des
opérations spéciales (COS) repèrent un petit groupe de combattants
ennemis grâce à leurs jumelles de visée nocturne. Et parmi eux, Oussama
Ben Laden. L’homme le plus recherché de la planète est à moins de 400
mètres. Il ne se doute de rien, c’est la nuit, le commando tricolore
est enterré.
Un soldat tient le géant saoudien (il mesure plus
d’1,90 m) dans son viseur. «J’ai Ben Laden», lâche même le militaire.
Seulement voilà, en Afghanistan, les Français sont sous les ordres des
Etats-Unis. Depuis l’état-major américain de Bagrham, le COS reçoit, au
bout d’un très long moment, l’ordre de laisser partir le fondateur
d’Al-Qaïda…
Quelques mois plus tard en 2004, le même scénario se
reproduit. Y a-t-il eu par deux fois des ratés dans la chaîne de
commandement ? Ou faut-il émettre une hypothèse plus
invraisemblable : malgré toutes les déclarations de Georges Bush
depuis le 11 septembre 2001, l’Amérique ne souhaite pas capturer
l’ennemi public numéro 1.
«Les militaires français ont eu 9 morts
en Afghanistan. Profondément choqués par l’attitude des Américains, ils
ont commencé à nous parler. Nous avons enregistré leurs déclarations»,
raconte Emmanuel Razavi, de l’agence Hamsa Press, installée à Dijon,
l’un des auteurs du reportage télévisé.
Avec Eric de Lavarène, correspondant de plusieurs médias francophones
en Afghanistan et au Pakistan (Libération, France Info), ils ont
réalisé un reportage de 52 minutes, intitulé «Ben Laden, les ratés
d’une traque», qui sera diffusé en janvier prochain sur une chaîne
francophone, peut-être Arte. La télévision suisse est également
intéressée. Le film ne spécule pas sur les motifs de l’état-major
américain, il ne se livre pas à de la politique-fiction. Non, il se
contente de raconter, de tendre le micro à de nombreux acteurs en
Afghanistan et au Pakistan.
Les multiples révélations, que ce
soit du représentant de la Banque mondiale à Kaboul, d’un conseiller du
président Hamid Karzaï, ou de Haji Zaher, général de la police afghane,
laissent pour le moins songeur.
On y apprend qu’à Tora Bora, loin
de vouloir capturer Oussama Ben Laden, on lui aurait tranquillement
permis de s’enfuir … avec 70 de ses hommes. «On lui a laissé la voie
libre», raconte l’un des trois commandants afghans présents à Tora
Bora. Aujourd’hui, lorsque les Américains livrent des armes à l’armée
nationale afghane, dans le même temps, ils offrent la même quantité de
munitions aux… Talibans.
«L’Administration américaine ne souhaite
pas arrêter Ben Laden», déclare distinctement un proche du Président
afghan. A quel incroyable jeu de dupes assistons-nous ? «Non
seulement les Talibans peuvent à présent compter sur 15 à 20 000
combattants, et contrôlent, de fait, plusieurs provinces, mais Al-Qaïda
est revenu en Afghanistan. C’est cette organisation terroriste qui se
livre à des attentats-suicides. Attentats qui n’existaient pas
jusqu’alors dans ce pays», constate Emmanuel Razavi. Ben Laden, les
ratés d’une traque corrobore parfaitement le livre écrit par deux
militaires américains membres des Forces spéciales, Alan H. et Adam R.
«Alors que la CIA avait un satellite positionné au-dessus de la tête du
mollah Omar et des bidules qui permettaient de mesurer le moindre poil
de sa barbe, aucune des armées de la coalition ne voulait lui courir
après, c’était incroyable», racontent-ils dans le livre Sur les traces
d’Al-Qaïda, paru fin 2004 en France.
Les deux soldats, qui n’ont
pu dénicher d’éditeurs aux Etats-Unis, racontent avec force et détails
les invraisemblables «cafouillages» de l’armée américaine. Ainsi,
lorsque les Forces spéciales parviennent à capturer le numéro 1
militaire des Talibans, Mullah Akhtar Osmani, quinze jours plus tard,
le prisonnier réussit à s’enfuir.
Quand ces militaires d’élite
découvrent où se terre le mollah Omar, leurs supérieurs répondent que
ce n’est pas le moment, qu’il n’y a pas d’hélicoptère disponible, ou
pas de carburant…
«Pénurie d’hélicoptères», me répondit-on. Or la
base aérienne était couverte d’hélicoptères Chinook CH-47, MH-53J Pave
Low III dernier cri, et autres. «Les équipages d’hélicoptères avec
lesquels je discutai me confirmèrent que leurs engins fonctionnaient
bien, et qu’eux aussi attendaient qu’il y ait un peu d’action», raconte
l’un des membres des Forces spéciales américaines en Afghanistan.
Le
livre se termine ainsi : «Nous sommes tous coupables, nous qui
restons avachis devant la télé à gober les sornettes que nous racontent
nos dirigeants.»
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